L’« envoyé d’Allah » dirigeait une secte dans un bunker près de Kazan

9 Août

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La rue Torfianaya à la sortie de Kazan longe littéralement la voie ferrée. Les passagers des trains de longs parcours voient souvent par la fenêtre le minaret de la mosquée étonnamment construit sur le toit même d’une maison située derrière une barrière.

Derrière ce mur vert, une communauté vit selon ses propres règles au sein d’une secte d’ermites musulmans. Ils se sont donné le nom de « fayzarahmanistes », d’après le nom de leur leader qui se dit l’envoyé d’Allah. Fayzrahman Satarov, 85 ans, déclarait déjà en 1964 être le nouveau prophète. En 1996, il a acheté un terrain dans le faubourg de Torfianaya sur le territoire de Kazan près d’une medersa où il a progressivement établi sa secte.

Après l’attentat contre les dirigeants des autorités musulmanes du Tatarstan, la police s’est intéressée à tous les adeptes de formes non traditionnelles de la religion islamique. Vendredi les autorités de tutelle et la police ont retrouvé 21 enfants dans ce bunker et les ont emmenés.

« Les ermites ne ressemblent pas du tout à des terroristes »

Précédemment, à la recherche d’informations sur les fayzarahmanistes, nous avions décidé de tâter le terrain et de nous adresser au mécanicien du garage local situé juste à côté de la maison des ermites.

« Cela fait déjà quatre ans que je travaille ici. Ils sortent très rarement. J’ai vu deux hommes barbus à trois reprises, je vois encore moins souvent les enfants, mais au son des voix que j’entends, je sais qu’il y en a beaucoup. Ils semblent sereins. On ne les embête pas et ils font de même », avait alors déclaré le garagiste en souriant.

Dans l’espoir qu’ils ne nous rembarrent pas, nous avons frappé à la porte. Une grosse clé à écrou était près de la porte en fer et j’en m’en suis servi pour frapper. Au bout de quelques minutes, nous avons entendu du bruit.

Ils prédisent la fin du monde

Les fayzarahmanistes disposent de leur propre calendrier. Ce calendrier mentionnerait la date précise de la fin du monde. Ils ont menacé les autorités de tutelle de l’apocalypse si elles ne leur rendaient pas les enfants. Ils n’ont toutefois pas donné la date de la fin du monde.

Les fayzarahmanistes se sont retirés du monde extérieur dès 2001, non pas par peur, mais en raison de leurs dettes. Selon certaines informations, ces dettes s’élèveraient à plusieurs dizaines de milliers de roubles.  La propriété des fayzarahmanistes se compose notamment d’une bâtisse sur trois étages, d’une mosquée avec un minaret, d’un garage avec une voiture, de bains et d’une centrale électrique au diesel. Ils disposent même de leur propre puits. Les femmes ont enfanté sur le territoire même de la propriété et les enfants ont été éduqués par le « prophète ».

Des enfants maltraités pendant plus de 10 ans ?

La porte s’est ouverte sur un homme de quarante ans avec une longue barbe et une robe verte. Non loin de lui se trouvait une femme âgée d’environ soixante-dix ans.

« Vous êtes des journalistes ? Vous n’écrivez jamais la vérité à notre sujet », s’est-il emporté en langue tatare. « Nous sommes des gens normaux, nous vivons simplement selon nos lois. Nous n’embêtons personne. »

« Pouvons-nous entrer chez vous pour voir comment vous vivez ? » lui ai-je demandé.

« Je dois en parler à l’envoyé d’Allah, il risque d’être indisposé par votre venue. »

C’est à ce moment-là qu’est intervenue la vieille dame habillée en rouge avec un foulard blanc sur la tête.

« On nous a pris 21 enfants, ils ont été répartis dans des orphelinats, ils les ont emmenés hier. La police est venue avec des armes et a tout chamboulé. Les enfants pleuraient et ne voulaient pas partir. Comment vont-ils maintenant ? »

Les autorités de tutelles estiment quant à elle avoir sauvé les enfants :

« Les enfants n’allaient pas à l’école et ne voyaient pratiquement jamais la lumière du jour. Ils étaient sales et vêtus de guenilles. Ils n’avaient jamais vu de médecin. »

L’envoyé d’Allah fait aujourd’hui l’objet de poursuites.

L’homme en question s’est montré à la porte.  Je pensais que je pourrais rentrer, mais l’homme en robe verte m’a repoussé en affirmant qu’il était interdit de filmer l’envoyé d’Allah. La porte s’est ensuite refermée avec fracas.

Certains enfants n’avaient jamais vu la lumière du jour

Les membres de cette secte vivaient dans des conditions inhumaines : en sous-sol sans lumière et ventilation. Le plus affreux, c’est qu’une vingtaine enfants vivaient à cet endroit, dont huit en âge d’aller à l’école.

Selon les médecins, bon nombre d’entre eux n’avaient jamais vu la lumière du jour. Ils étaient sales et mal soignés. Pour la première fois de leur vie, ils ont été examinés par le corps médical. Ce sont les autorités de tutelles qui décideront de la suite des événements.

Артур ЕНИКЕЕВ – Article traduit du russe par Amandine Gillet

Lien vers l’article original : http://www.kp.ru/daily/25928/2878520/

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